Ogmios

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Mythologie gauloise

Dieu gaulois, assimilé au héros romain Hercule. Il est probablement l'équivalent du dieu Ogme dans les récits mythologiques irlandais.

Graphies et variantes

Connu également sous les formes Ogme, Oghma, Ogma, et en ancien grec Ὄγμιος.

Etymologie

Pour Xavier Delamarre[1], la racine de son nom signifierait « chemin, sentier, conducteur ».

Description

Ogmios serait un Dieu psychopompe, c'est-à-dire qu'il accompagne les morts dans l’Autre Monde.

Il incarne la force de l’éloquence. C'est un dieu-lieur, expert en magie. Il représente aussi la fonction guerrière, et en ce sens il a pu être assimilé à l'époque gallo-romaine à Mars, dieu romain de la guerre.

Lucien de Samosate[2], écrivain du 2ème siècle de notre ère le décrit ainsi :

1. Hercule, chez les Gaulois, se nomme Ogmios dans la langue nationale. La forme sous
laquelle ils représentent ce dieu a quelque chose de tout à fait étrange. C'est pour eux un
vieillard, d'un âge fort avancé, qui n'a de cheveux que sur le sommet de la tête, et ceux qui
lui restent tout à fait blancs. Sa peau est ridée et brûlée par le soleil, jusqu'à paraître noire
comme celle des vieux marins. On le prendrait pour un Charon, un Japet sorti du fond du
Tartare, pour tout enfin plutôt que pour Hercule. Cependant tel qu'il est, il a tous les
attributs de ce dieu. Il est revêtu de la peau du lion, tient une massue dans la main droite,
porte un carquois suspendu à ses épaules, et présente de la main gauche un arc tendu. C'est Hercule
tout entier.
2. Je crus donc que les Gaulois voulaient se moquer des dieux de la Grèce, en donnant cette
forme à Hercule ou se venger de lui parce qu'il avait jadis fait invasion dans leur pays et
prélevé sur eux un riche butin, lorsque, cherchant les bœufs de Géryon, il parcourut la
plus grande partie des régions occidentales.
3. Cependant je ne vous ai point encore dit ce que sa figure a de plus singulier. Cet Hercule
vieillard attire à lui une multitude considérable, qu'il tient attachée par les oreilles. Les liens
dont il se sert sont de petites chaînes d'or et d'ambre, d'un travail délicat, et semblables à de beaux
colliers.
Malgré la faiblesse de leurs chaînes, ces captifs ne cherchent point à prendre la fuite,
quoiqu'ils le puissent aisément, et loin de résister, de roidir les pieds, de se renverser en
arrière, ils suivent avec joie celui qui les guide, le comblent d'éloges, s'empressent de
l'atteindre, et voudraient même le devancer, mouvement qui leur fait relâcher la chaîne et
donne à croire qu'ils seraient désolés d'en être détachés. Mais ce qui me parut le plus
bizarre, c'est ce que je veux vous dire sans délai. L'artiste ne sachant où attacher le bout des
chaînes, vu que la main droite du héros tient une massue et la gauche un arc, a imaginé de
percer l'extrémité de la langue du dieu et de faire attirer par elle tous les hommes qui le
suivent : lui-même se retourne de leur côté avec un sourire.
4. Je demeurai longtemps devant cette image, la regardant avec une admiration mêlée d'embarras et de
colère.
Un Gaulois qui se trouvait alors près de moi, homme instruit dans
notre littérature, à en juger par la pureté avec laquelle il parlait grec, et de plus versé, je
crois, dans une connaissance profonde des arts de son pays : "Etranger, me dit-il, je vais
vous expliquer l'énigme de cette image qui semble si fort vous troubler. Nous autres
Gaulois, nous ne pensons pas comme vous Grecs, que Mercure soit le dieu de l’éloquence.
Nous l'attribuons à Hercule, qui l'emporte sur Mercure par la supériorité de ses forces. Si
nous le représentons sous la forme d'un vieillard, n'en soyez pas surpris. Ce n'est que dans
un âge avancé que le talent de la parole se montre avec le plus d'éclat et de maturité, si
toutefois vos poètes disent vrai :
La jeunesse, en sa fougue, est toujours incertaine.
Le vieillard est plus froid, plus sage en ses discours.
La même raison vous fait dire de Nestor que le miel coulait de ses lèvres et que les orateurs
de Troie faisaient entendre une voix de lis, pour dire fleur, car si je ne me trompe, chez vous
lis signifie une espèce de fleur.
5. Ne soyez pas surpris non plus de ce qu'Hercule, emblème de l'éloquence, conduit avec sa
langue des hommes enchaînés par les oreilles. Vous savez la parenté qui existe entre les
oreilles et la langue. Ce n'est pas pour insulter au dieu qu'on les lui a percées. Je me
rappelle, en effet, qu'un de vos poètes comiques a dit dans ses ïambes :
Le bavard a toujours la langue au bout percée.
6. Enfin nous croyons que c'est par la force de son éloquence qu'Hercule a accompli ses
exploits. C'était un sage qui faisait violence par la puissance de sa parole. Les traits que vous
lui voyez sont ses discours, qui pénètrent, volent droit au but, et blessent les âmes. Ne dites-
vous pas vous-mêmes des paroles ailées ?"
Telle fut l'explication du Gaulois.

Représentations

Avec l'éclairage de la description de Lucien de Samosate, on identifie Ogmios sur les monnaies de diverses tribus armoricaines. Ces statères montrent un visage de profil, d'où partent des cordons perlés, ou chaînes, le reliant à de petites têtes humaines.

Culte

Deux tablettes de défixion ont été retrouvées à Bregenz en Rétie (actuel Vorarlberg). Ces tablettes à malédiction demandent au dieu de frapper les sinistrés par des maux jusqu’à la mort, dans l’un cas, et de les vouer à la stérilité et au célibat perpétuel, dans l’autre.

Sources

Albert Grenier, Le dieu gaulois Ogmios et la danse macabre, 1947, Volume 91, Numéro 1, pp. 254-258.

Ogmios sur Kernunos.com

<references>

  1. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éd. Errance, Paris, 2003, p. 238 (ISBN 2-87772-237-6)
  2. Lucien de Samosate : Discours, Hercule, Traduction E. Talbot, 1912