La Controverse dans le magazine Pentagram

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La Controverse dans le Magazine Pentagram

Pentagram n°1, août 1964

Traduction Tof


Lettre de Bienvenue de Doreen Valiente

Brighton 9 juillet 1964

Cher monsieur,


Je suis heureuse d’avoir cette opportunité de saluer la parution du tout premier numéro de Pentagram.

C’est une curieuse coïncidence qu’en 1964 cela fait tout juste treize ans que la dernière loi réprimant la Sorcellerie a été abolie dans ce pays, cela s’est passé en 1951.

Depuis cette date, l’ancien Art des Sages fait tranquillement son chemin vers une reconnaissance en tant que véritable tradition religieuse. Elle n’est plus juste une survivance du passé, elle a de l’importance pour des gens d’aujourd’hui, des gens qui sont bien souvent déçus par des croyances plus orthodoxes et « orphelins de la Grande Mère » Nature, à cause du stress de la vie moderne.

Comme tout mouvement vivant, il y a des opinions différentes parmi nous – et c’est très bien comme ça. J’espère que nous serons longtemps préservés de l’uniformité liée aux lavages de cerveau !

A cause des années de persécution, l’ancienne tradition est devenue fragmentaire, avec un coven ou groupe de covens préservant certains aspects des anciennes croyances qui leur furent transmises, alors que d’autres ont retenu d’autres aspects sur lesquels ils se sont concentrés.

Je pense que nous devrions prendre ce fait en compte et admettre que nulle section du culte n’a le droit de dire : « Nous et nous seuls sommes authentiques, tous ceux qui sont différents ont tort ». Au lieu de cela nous devrions respecter la vision des autres, lorsqu’ils sont sincères, que nous soyons ou non d’accord avec eux.

Si nous sommes prêts à accepter cela, alors la voie sera ouverte et l’on pourra vraiment faire de grandes choses, c’est à dire rassembler toutes les véritables portions de l’ancienne tradition, pour en faire un ensemble cohérent significatif dans toutes ses potentialités et qui imposera le respect aux personnes intelligentes et raisonnables.

J’espère que la Witchcraft Research Association pourra contribuer à cela en agissant comme une sorte de Nations Unies de la Sorcellerie. J’espère qu’elle incitera à la recherche et à la préservation de traditions qui seraient perdues sans cela et j’espère aussi qu’elle agira pour la compréhension mutuelle et que tout le monde aille dans le même sens ce qui rendra de telles recherches possibles.

Bonne chance et « Soyez Bénis… »



Le Repas de Pentagram

Voici un extrait du discours prononcé par Doreen Valiente lors du premier repas organisé à Londres par le magazine Pentagram le 3 octobre 1964.


Chers amis, avant tout je souhaite vous remercier pour l’honneur que vous m’avez fait en me choisissant comme oratrice de ce qui pourrait bien être une première historique, la première rencontre organisée par Pentagram.

Je pense qu’il est significatif que cela fait tout juste treize ans, le nombre mystique des sorcières, que la dernière loi contre la Sorcellerie a été abolie en 1951. Avant cette date, notre assemblée de ce soir aurait été illégale et si elle s’était tenue au XVIIème siècle nous aurions risqué la pendaison.

Plus personne n’est pendu pour Sorcellerie, mais nous avons toujours affaire à des Chasseurs de Sorcières autoproclamés. De plus en plus l’ancien Art des Sages est reconnu comme une véritable tradition de culte de la nature et de magie méritant son titre d’Ancienne Religion.

Un des aspects le plus importants de l’Art des Sages, ou la Sorcellerie Blanche comme on l’appelle le plus souvent, est qu’il s’agit d’une tradition britannique. A vrai dire elle existe dans toute l’Europe Occidentale et a été emportée par les émigrants d’autrefois en Amérique, Australie et Nouvelle Zélande.

Cela semble faire partie du caractère national britannique que d’être excessivement modeste à propos de ce qui est à nous. Si quelque chose comme les grands temples en plein air de Stonehenge et Avebury, par exemple, existait quelque part à l’Est ou en Egypte ils ferait l’objet d’émerveillement pour les pèlerins de ce pays. Ils verraient cela comme une preuve claire de l’existence d’une grande tradition mystique. Mais comme ces monuments et d’autres similaires existent dans notre propre pays, ils ont été pendant bien trop longtemps rejetés par les Britanniques qui les voyaient comme les vestiges d’un passé barbare.

L’histoire antique de Grande Bretagne n’est pas aussi barbare que cela. Les traditions païennes de notre pays natal sont quelque chose dont on peut être fier et qui mérite d’être étudié.

Ne considérons pas trop facilement nos ancêtres comme des gens simples parce qu’ils n’avaient pas notre civilisation du XXème siècle. Un membre du Sangha, un moine bouddhiste d’aujourd’hui, peut être un homme très simple puisqu’il ne possède ni Cadillac, ni machine à laver ni télévision. En fait, tout ce qu’il possède dans ce monde ce sont trois vêtements de coton, un rasoir, un bol de mendicité, une paire de sandale et peut-être une ombrelle et quelques autres petites choses. Et pourtant son esprit peut appréhender des idées métaphysiques bien au-delà de la compréhension des propriétaires de Cadillac et de machines à laver.

Il en était de même des prêtres et prêtresses de l’Ancienne Religion d’autrefois que l’on appelle Sorcellerie. C’est quelque chose qui est à la fois simple et profond.

Il y a une maxime en magie qui veut que tous les dieux sont un Dieu et toutes les déesses sont une Déesse et qu’il y a un seul Initiateur. Avec cet adage de Dion Fortune à l’esprit nous allons voir quelles croyances traditionnelles de la religion des sorcières sont arrivées jusqu’à nous.

Ce soir la plupart des présents savent que nos groupes cultuels sont appelés covens, mais il y a un malentendu courant qui veut qu’un coven doive se composer de treize personnes. Il peut se composer de tout chiffre/nombre jusqu’à treize, mais quand le nombre idéal de treize est atteint, ceux qui dépassent ce nombre quittent le groupe pour former un nouveau coven.

Le nombre treize est lié à la Déesse Lune car il y a treize mois lunaires dans l’année. La Déesse Lune est la personnification de la Nature comme Grande Mère, et comme telle, elle est la plus ancienne Déesse et son culte remonte au début de la vie de l’homme sur terre. Les plus anciens objets religieux jamais retrouvés sont des statuettes de la Déesse Mère et je pense que les gens ont un grand besoin de reconnaître et d’adorer le côté féminin de la Déité ce que les religions orthodoxes n’ont pas réussi à satisfaire.

Les quatre Sabbats Majeurs de la foi sorcière remontent eux aussi à la plus grande antiquité. Bientôt ce sera l’époque de l’un d’entre eux, Hallowe’en. C’est à ce moment que nous nous souvenons plus particulièrement de ceux qui ont passé avant nous les Portes de l’Au-delà et nous les accueillons, sans peur ni tristesse, mais avec amitié. Voilà l’origine des traditions d’Hallowe’en. Tous les quatre mois nous célébrons un des Sabbats Majeurs, les trois autres étant la Chandeleur, la Veille de Mai et Lammas. La Chandeleur est le moment où l’on voit les premiers signes du printemps, la Veille de Mai c’est le début de l’été et Lammas c’est l’époque des moissons.

Ce que les sorcières cherchent en célébrant ces rites saisonniers c’est un sentiment de ne faire plus qu’un avec la Nature et l’allégresse qui découle du contact avec la Vie Universelle. Les gens d’aujourd’hui en ont besoin car ils sont conscients de la tendance du monde moderne de les couper de leur parenté avec le monde de la nature vivante, jusqu’à ce que leur propre individualité ait disparu et qu’ils commencent à avoir l’impression de ne plus être qu’une personne perdue dans une multitude, une machine absurde.

C’est la réaction contre ce sentiment qui déclenche aujourd’hui l’intérêt des gens pour la Sorcellerie. Ils veulent retourner à la Nature et redevenir à nouveau des êtres humains comme la Nature avait prévu qu’ils le soient.

Les Sorcières ne cherchent pas à convertir les autres, mais nous continuons à faire brûler la flamme de l’Ancienne Religion, pour ceux qui souhaitent en voir la lumière.

La plupart des personnes présentes savent également que les sorcières honorent la vieille déité païenne que nous appelons le Dieu Cornu et pour cette raison elles ont été accusées d’adorer le diable. Cela aurait été bien compliqué – pour les sorcières que je connais en tout cas – car je n’en ai pas trouvé une seule qui croie en ce diable.

Nous concevons peut être le Dieu Cornu des sorcières comme étant plutôt comme Pan, qui était en effet le dieu aux pieds de bouc des sorcières de Thessalie. Un charmant monsieur nous a dit récemment que la Sorcellerie est une invention post-chrétienne du moyen-âge. Je ne sais pas comment ces braves gens expliquent l’existence du culte des sorcières de Thessalie, en Grèce Antique, bien avant qu’on n’entende parler de christianisme. Mais je n’ai aucun doute qu’ils pourraient presque tout expliquer en accord avec leur thèse si on les laisse parler suffisamment longtemps.

Mais je pense que nous devons admettre que la Sorcellerie que nous avons aujourd’hui est la synthèse de traditions plusieurs fois centenaires. Et il s’agit toujours d’une tradition vivante et évolutive et toujours apte à d’autres évolutions puisque la race humaine elle-même évolue.

Notre culte d’un Dieu Cornu et d’une Déesse Lune pourrait bien être d’un niveau plus spirituel aujourd’hui qu’il ne le fut lors des siècles passés. Autrefois, le culte devait œuvrer pour une fertilité matérielle car sans fertilité les gens étaient confrontés à la famine. Aujourd’hui nous pouvons avoir une vision plus large du culte des sorcières en tant que culte de fertilité. Nous pouvons agir pour une fertilité de l’esprit et une fertilité de l’âme.

Et n’est-ce pas ce dont les gens d’aujourd’hui ont désespérément besoin avec d’un côté les forces dénaturantes du matérialisme et de l’autre une religion orthodoxe qui ne parvient plus à les satisfaire ?

Dans le même temps, lorsque nous pensons aux millions de personnes dans le monde qui ont faim, je pense que nous devrions aussi parfois invoquer les Pouvoirs Antiques avec l’une des plus anciennes de toutes les prières pour la fertilité de la terre, pour que dans le monde moins de gens aient faim. Nous faisons cela régulièrement lors de rencontres sorcières dans le Sussex, d’où je viens, et j’espère que peut être d’autres covens aient envie de le faire eux aussi.

La fertilité n’est qu’une autre façon d’exprimer les forces de Vie et l’idée que l’esprit de Vie est divin est quelque chose qui est commun à toutes les religions.

Les sorcières sont assez humbles pour reconnaître que la Divinité, la source de toute vie, est nécessairement au-delà de la compréhension humaine. Le contact avec la Divinité c’est ce que le mystique expérimente, mais quand nous commençons à essayer de définir et de dogmatiser nous révélons surtout nos limitations humaines.

Ainsi nous reconnaissons que nous, êtres humains et limités, avons besoin de représentations pour pouvoir rapprocher la Divinité de notre perception. Le Dieu Cornu et la Déesse Lune sont, dans ce sens, des représentations magiques et elles sont probablement les plus anciennes au monde, les plus anciennement établies dans l’Inconscient Collectif de l’humanité. Le Dieu Cornu représente l’aspect masculin de la Divinité et la Déesse Lune l’aspect féminin.

La vraie Religion et la vraie Magie ne sont pas opposées l’une à l’autre mais sont complémentaires. Les deux dépendent du contact et de l’interpénétration du monde matériel et de l’Invisible.

Il y a toujours beaucoup à apprendre sur les techniques utilisées par les sorcières dans les aspects psychiques et magiques du culte. Par exemple, les sorcières parlent du « Cône de Pouvoir ». Ce n’est qu’à une époque récente que les émanations auriques ont été étudiées et démontrées par m. T.C. Lethbridge dans son livre « Ghost and Divining Rod ». Il a montré que c’était exactement ce que les sorcières disaient que c’était : un cône de force invisible mais démontrable entourant les êtres vivants et même les objets inanimés.

La pratique du scrying (regarder dans un cristal) comme on l’appelle souvent est une branche très intéressante de la magie des sorcières. En réalité, toutes sortes de choses ont été et sont utilisées comme instrument de scrying et on peut en voir de nombreux dans les deux Musées de la Sorcellerie, à Castletown sur l’Ile de Man et Bourton-on-the-Water dans le Gloucestershire. Cette façon d’obtenir des visions nous mène vers les mystérieux domaines de la précognition, c’est à dire prévoir un événement avant qu’il ne se produise. Je l’ai personnellement expérimenté dans un cercle de sorcières, ainsi je sais que c’est possible, et j’espère que d’autres en feront l’expérience.

Les soins psychiques sont quelque chose d’autre que les sorcières pratiquent traditionnellement et il est probable que les gens d’autrefois en savaient bien plus à ce sujet que nous. On en parle souvent comme de « guérison par la foi » mais je ne crois pas que d’appartenir à une religion particulière ait quelque chose à voir avec cela. J’ai entendu parler de soins apportés avec succès par des guérisseurs africains, par des sorcières britanniques et des Kahunas des Iles des Mers du Sud ainsi que par des membres de religions plus orthodoxes.

La vieille sorcière qui guérissait les verrues est réellement une forme de soins psychiques et même si les médecins admettent que ça marche, ils ne savent pas comment.

Margaret Murray a fait la distinction entre ce qu’elle appelait la Sorcellerie Opérative (l’utilisation de charmes et de sorts, la pratique de la magie) et la Sorcellerie Rituelle qui sont les croyances religieuses et les rituels de l’Ancienne Religion. Même si je ne suis pas d’accord avec toutes les conclusions de Margaret Murray mais je pense que nous devrions lui rendre hommage pour sa grande contribution à l’étude sérieuse de la Sorcellerie en tant que vestiges de la religion païenne. Elle fut un esprit libre et une chercheuse originale ce qu’on ne pourrait pas dire de la plupart de ses critiques.

Je pense que nous devrions aussi rendre ce soir hommage au Dr. Gerald Gardner pour son importante contribution au renouveau de l’intérêt pour le vieil Art des Sages. Je ne suis en aucune façon d’accord avec tout ce qu’a dit ou fait Gerald Gardner mais je reconnais ses grandes qualités de cœur et d’esprit comme tous ceux qui l’ont connu. Il fut une personnalité et un tempérament et nous devons tous nous souvenir de lui avec affection.

Le nom de Gerald Gardner est à ce point associé à la Sorcellerie aujourd’hui que certains lui font même le « compliment » de dire qu’il l’a inventée ! Je pense que tout ce qu’il y a à dire à ce sujet, c’est que ceux qui croient cela, croiront à peu près tout.

Pentagram contacte aujourd’hui des traditions survivantes qui n’ont jamais, en aucune manière, été en rapport avec Gerald Gardner. En fait il devient totalement clair que l’ancienne Sorcellerie a survécu de façon fragmentaire partout dans les Iles Britanniques. Naturellement ces différents groupes qui ont perdu, au cours des siècles de persécutions, tout contact les uns avec les autres se sont développés de leur côté. Chacun a sa propre version de la tradition, ses propres mots et chacun a ses propres idées sur la pratique et le rituel. C’est un projet formidablement excitant que de comparer ces différents fragments et traditions et de voir où ils se complètent et où ils diffèrent.

Je pense que la Witchcraft Research Association peut faire en ce sens quelque chose de vraiment important pour le futur de l’occultisme en grande Bretagne. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, plus que toute autre chose, c’est que les gens mêlent leurs visions spirituelles. Cela ne signifie en aucune façon que tous doivent penser la même chose, mais qu’ils doivent être plus tolérants les uns avec les autres qu’ils ne l’ont été dans le passé.

Si seulement ceux qui se mêlent d’occultisme consacraient autant de temps et d’énergie à un travail positif et constructif qu’ils en consacrent à dénoncer et dénigrer les autres, leur contribution spirituelle au monde serait énorme !

Je pense que nous avons raison de dire cela, car les sorcières ont souffert d’intolérance et de dénigrement pendant des siècles. Le fait que nous y ayons survécu en dit long sur la force de nos contacts sur les Plans Intérieurs.

Je pense que nous avons gagné le droit de proclamer l’ancien enseignement de tolérance et liberté et de respect mutuel qui est contenu dans le dicton appelé le Rede des Wiccans. « Wiccan » est le pluriel Anglo Saxon de « wicce » (sorcières) et « Rede » c’est le conseil ou l’enseignement :


Huit mots résument le Conseil des Sorcières

Si tu ne blesses personne, fais ce que tu veux.


Voilà un code moral simple et positif qui pourrait faire du monde un lieu plus heureux.

La meilleure réponse que nous pouvons apporter aux attaques contre la Sorcellerie, quelle que soit la branche de la Sorcellerie dont nous faisons partie, c’est de rester unis dans un but constructif. Nous n’avons pas tous les mêmes manières de faire les choses, mais ça n’a jamais été le cas. La vieille idée était que chaque coven est indépendant en une unité large dans la tradition. Les leaders des différents covens restaient en contact, dans la mesure du possible, et s’aidaient les uns les autres. Personne ne cherchait à étendre son pouvoir et chacun respectait les idées des autres lorsqu’elles étaient émises avec sincérité. Voilà la véritable ancienne tradition Sorcière.

Nous avons entendu parler de nombreuses « scissions » au sein de la Sorcellerie. Nous avons bien sûr des opinions différentes comme tout autre groupe et nous serions remarquablement chanceux si nous n’en n’avions pas plus !

Mais j’espère que ceux qui sont là ce soir seront d’accord avec moi lorsque je dis que les choses qui nous unissent sont bien plus grandes et importantes que les choses qui nous divisent et que notre fraternité dans la Sorcellerie signifie bien plus que nos différences personnelles. Si nous parvenons à réaliser cela et à l’accepter alors il n’y aura plus aucune division dans la Sorcellerie !

Et si cela peut découler de la rencontre de ce soir, alors la bénédiction des Anciens est bien avec nous. Terminons donc avec la salutation sorcière traditionnelle : « Dans la joie nous nous retrouvons, dans la joie nous nous séparons ».


Et avant Gardner, qu’y avait-il ?

Pentagram N°2, novembre 1964


Un correspondant a écrit pour dire qu’en étudiant les coupures de presse des dernières années il semblerait que « tout le monde de la Sorcellerie anglaise consiste en un petit nombre de personnes, qui auraient été découvertes par le Dr. Gardner. Quelque huit femmes et trois ou quatre hommes. Cette joyeuse troupe revient toujours et encore. Mais vous devez savoir qu’il y a de nombreux autres groupes, n’ayant rien à voir avec le petit groupe de Gardner, qui pratiquent différentes formes de Magie et de Sorcellerie. Mais pourquoi est-ce que la presse n’en parle jamais…?

Tout ce que je peux dire aux Fidèles de la Sorcellerie, c’est qu’il est grand temps d’aller de l’avant pour modifier l’image qu’a la sorcellerie auprès du grand public. Car cette image n’est profitable à personne et je pense que tout au fond de vous vous le savez bien.

Un des buts de Pentagram est de permettre une appréciation plus réaliste de la situation. Des membres de plusieurs covens héréditaires ont signifié leur volonté de fournir des documents sur leurs croyances et pratiques traditionnelles – mais pas maintenant. Ils réfutent l’idée que la Sorcellerie serait « une religion simple pour des gens simples » - une croyance populaire – et maintiennent qu’il s’agit d’une façon de vivre compliquée et prenante demandant un apprentissage, de la détermination et une tournure d’esprit ainsi d’une discipline spirituelle rares.

Il y a d’autres journaux que « News of the World » et il y a d’autres auteurs que Dennis Wheatley. Il y de nombreux chercheurs, écrivains et auteurs tout à fait responsables pouvant contribuer à modifier l’image de la Sorcellerie mais ils ne peuvent le faire que d’après leurs propres trouvailles. Si les gens qu’ils parviennent à retrouver ne leur présentent qu’un seul aspect de la Sorcellerie, ce sera cet aspect qui sera publié.


Les Attaques dans Pentagram

Patricia Crowther

Traduction Tof

Les lecteurs du numéro 5 de Pentagram (celui de décembre 1965) ont pu y lire différents textes où certains souhaitent défendre les « gardneriens » et la mémoire de Gerald Gardner alors que Taliesin une des personnes ayant, dans le passé, écrit deux articles pour Pentagram, se sentant attaqué y répond et contre-attaque en répondant à ceux qui, selon lui, l’agressent.

Il n’est pas tout à fait impossible que ces échanges « d’amabilités » aient causé la fin de la publication de ce petit journal.


Dans les années 1960, dans le monde occulte, de nombreuses personnes méprisaient l’association de Gerald Gardner à la sorcellerie. A mon avis, l’ignorance était la raison principale à cela : même de véritables occultistes ignoraient totalement que la Sorcellerie existait toujours. Et bien sûr après la mort de Gerald Gardner, ses ennemis avaient le champ libre – les morts ne peuvent pas se défendre !

Même si aujourd’hui il a été disculpé de fausses accusations, à cette époque elles se multipliaient. En 1964, pas très longtemps après sa mort, Pentagram, un petit magazine parlant de Sorcellerie a fait son apparition. Son fondateur, un attaché de presse londonien, se dissimilait derrière le pseudonyme de John Math. Les quelques contributeurs à ses pages clairsemées faisaient de même et signaient leurs articles d’un nom de plume. Pentagram devait être la voix de la « Witchcraft Research Association » le bébé de John Math qui espérait rassembler les initiés de Gerald Gardner et ceux d’autres traditions sorcières au grand bénéfice de tous ceux qui étaient concernés.

En fait, la parution du magazine eut exactement l’effet opposé de ce pour quoi il était initialement prévu – si nous devions croire son fondateur. Une ou deux sorcières héréditaires ont commencé à exprimer leur point de vue dans ses pages. L’un d’eux, « Taliesin » s’est mis à attaquer Gerald Gardner de façon particulièrement perfide et s’en prenait aussi aux siens qu’il traitait de « Gardneriens ». Ce mot avait été forgé pour exprimer que les initiés de Gardner et ceux initiés par ses initiés étaient personae non grata et que Gerald n’avait jamais reçu de véritable initiation. L’expression « Gardnerien » s’est répandue et par la suite elle est même devenue synonyme de partisans de Gerald Gardner – ou plus exactement elle désigne les sorcières qui descendent directement de lui.

Un de mes initiés avait l’habitude de dire « malgré les insultes, Gerald Gardner aura le dessus, tu verras bien », et il avait raison. Rapidement Pentagram a cessé de paraître et a disparu sans laisser de trace, comme c’est le cas de tout ce qui est construit sur le sable. Les sorcières héréditaires n’en étaient pas, l’une d’entre elles avait été initiée dans le Bricket Wood mais sa tête a un peu trop enflé pour son chapeau. La Déesse reconnaît toujours les siens, toujours ! Gerald Gardner fut celui qui a restauré l’Ancienne Religion dans les consciences et on se souviendra avec affection de son nom longtemps après que ses vieux ennemis auront disparu dans l’oubli. En Grande Bretagne, en Amérique et en d’autres pays de monde, le nom de Gerald est associé à la Grande Déesse, il est « le messager » qui a ramené la Mère à Ses enfants orphelins.


Arnold Crowther et Taliesin

Pentagram décembre 1965


N’est-il pas grand temps que les sorcières cessent de s’entre attaquer dans le but d’essayer de démontrer qu’ils sont, eux, les élus ?

J’en ai plus qu’assez de ceux qui parlent des Gardneriens avec leurs initiations théâtrales puis se mettent à décrire une méthode bien plus théâtrale où l’on reste toute une nuit dans une forêt hantée. Cela n’aurait aucun effet sur quiconque si ce n’est sur des esprits faibles et imaginatifs qui croient toujours au croquemitaine de leur enfance. Pourquoi ne pas revivre la vieille histoire où l’on passe la nuit dans la « Chambre des Horreurs ? »

Quant aux descendants de sorcières et de ceux qui affirment avoir le sang des sorcières qui coule dans leurs veines, je souhaite rappeler que la plupart des Britanniques doivent avoir hérité de leurs ancêtres d’une certaine proportion de sang de sorcières.

Il est grand temps que ces « Grands » autoproclamés descendent de leur cheval à bascule et retournent sur terre pour se souvenir des paroles du barde immortel Ruberdt Burns : « Que ce serait un don fantastique que de pouvoir nous voir comme les autres nous voient ! »

Ce qui fait le plus rire c’est que ceux qui s’opposent à ces prétendues «  méthodes théâtrales » sont effrayés à l’idée de se montrer en plein jour et se cachent derrière des pseudonymes.

Je pensais aussi que Pentagram était censé rassembler différents covens sur des bases amicales et non pas de faire qu’ils se querellent et déversent leur haine les uns sur les autres en publiant de basses insultes proférées par des riens du tout.

Arnold Crowther, 397 City Road, Sheffield 2


Et voici la réponse de Taliesin:

Ma première réaction en lisant la lettre de M. Crowther a été de l’ignorer et de n’en faire aucun commentaire puisqu’elle me confirme, de toutes les façons possibles, tout ce qui a été dit au sujet des partisans de Gardner - et beaucoup, également, de ce que j’ai entendu dire au sujet de M. Crowther ! Mais à la réflexion je me suis dit qu’il ne fallait pas laisser une telle attaque sans faire quelques remarques. Je vais donc répondre à cette lettre paragraphe par paragraphe.

(1) je ne dis pas que je suis une « sorcière ». La différence principale entre l’ancienne tradition religieuse à laquelle j’appartiens et les Gardneriens est que nous n’aimons pas le mot « sorcière » et que nous ne l’employons jamais s’il est possible de faire autrement tout en restant clair. La publicité déplaisante liée aux activités d’un certain nombre de covens modernes montre à quel point nous avons raison.

(2) une lecture attentive de ma description délibérément vague des préparations pour le rite révélerait que j’ai parlé d’une potion magique qui est bue avant que le candidat soit laissé seul. Avec cette potion magique même M. Crowther pourrait avoir un contact plus étroit avec les dieux - bien que je craigne qu’il n’apprécie pas cela !

(3) je trouve ce paragraphe tout à fait absurde. Il parle comme si il y avait eu, à un moment donné du passé, une race spéciale dans ces îles qui aurait transmis ce « sang des sorcières » à sa descendance. Je conviens qu’il y a bien de façon latente une tendance forte au paganisme chez les Britanniques mais qu’il y ait en nous tous un élan à nous tourner vers cette combinaison contemporaine d’un Dieu Cornu Sarrasin greffé sur de vagues concepts celtes – quel non-sens !

(4) Dans lequel de mes deux articles publiés par Pentagram ai-je dit que je suis un « Grand ? » Je ne suis pas humble et je ne l’ai jamais été - mais mon parcours spirituel a difficilement commencé et j’imaginais que de réaliser ma propre inaptitude ferait que ce que j’écris resterait neutre. Je connais tous les rites et rituels utilisés par les covens comme celui de M. et Mme Crowther et je suis passé par les trois représentations théâtrales qui composent les initiations du Premier au Troisième Degré Gardnerien (toujours en obéissant aux ordres du clan, dois-je préciser !). En plus de savoir ce que je sais à son sujet, je pense avoir été raisonnable dans mes écrits. Et quant à savoir ce que Burns a à voir avec cela, c’est bien trop profond pour moi !

(5) Quel paragraphe extraordinaire que voila, M. Crowther déverse son terrible dédain sur nous parce que nous ne dansons pas gaiement devant des journalistes pour nous faire de la publicité que lui et ses comparses aiment tant. Devrions-nous rivaliser avec Mme Crowther en écrivant des articles pour les magazines féminins ? Ou encore accepter qu’il y ait des caméras lors de nos rencontres pour que l’on nous filme en train de gambader plutôt timidement au son du battement d’un tambour ? Ou encore désigner une Prêtresse comme étant la seule et unique « Reine des Sorcières » (précisant que bien sûr toutes les autres ne le sont pas vraiment !) ? Non, M. Crowther, nous avons des siècles d’anonymat, et ça nous convient parfaitement et nous espérons que ça continue ainsi. Nous vous laissons la publicité, faites-vous toute la publicité que vous voulez, vous avez notre bénédiction.

(6) Est-ce qu’une personne charitable acceptera de me dire dans quel paragraphe, expression ou phrase dans mes écrits je me suis montré coupable de «déverser ma haine ? » J’ai relu non seulement ce que j’ai écrit, mais aussi ce que Robert Cochrane a écrit, et je ne trouve rien qui puisse justifier cette accusation. Je pense que M. Crowther a voulu terminer cette lettre plutôt vide par un éclat et a voulu parler d’autre chose que de lui, ce qui n’est pas dans son genre d’habitude. Quant aux « basses insultes proférées par des riens du tout » - venant de M. Crowther c’est amusant mais cela ne mérite pas de commentaire. Je laisse à l’Editeur le soin de répondre sur la question de savoir à quoi sert Pentagram.

Taliesin


(Taliesin était un proche de Robert Cochrane. Dans le magazine Pentagram, dont est tiré cet article, Taliesin et Cochrane faisaient tous deux semblant d’avoir des pratiques magiques et des orientations légèrement différentes. Doreen Valiente a écrit que Patricia Crowther lui a révélé que Taliesin un homme grand, les cheveux sombres une moustache… et l’ex petit ami d’une des ex Grandes Prêtresse du coven de Bricket Wood. Selon Doreen il aurait été élevé au second degré en 1962 au moment du Solstice d’Eté.)


Une Lettre Ouverte

Robin Burch, Pentagram décembre 1965

(Voici une lettre, toujours issue de ce numéro de Pentagram, écrite par un certain Robin Burch (selon Doreen Valiente il s’agissait de Gerad Noël l’éditeur de Pentagram) qui justement souhaitait exprimer son admiration pour Taliesin)


Cher Taliesin, je vous écris cette lettre au nom de plusieurs amis qui partagent mon admiration à la fois pour ce que vous écrivez dans Pentagram et pour le fait que vous vous êtes mis en avant pour nous montrer des éléments de la Voie. L’éditeur a été assez aimable pour me laisser voir vos commentaires faisant suite à deux lettres publiées dans ce numéro.

Tout d’abord, laissez-moi dire que nous pensons connaître la différence entre mysticisme et religion. Nous avons aussi pratiqué en groupe la méditation et nous avons expérimenté ensemble des visions qui nous permettent de comprendre ce que Robert Cochrane a écrit dans le numéro 3 de Pentagram : « L'homme doute par nature mais pour celui qui participe à une telle expérience, le doute concerne plus le monde extérieur que son monde intérieur. La réalité d’une telle expérience illumine toute sa vie. »

Quelques uns parmi nous ont été, pour une courte durée, membres d’un coven Gardnerien mais nous l’avons quitté pour deux raisons simples : les « Anciens » semblaient se désintéresser de l’apprentissage – et ils n’avaient pas grand chose à enseigner. Nous sommes partis sans rancune en pensant que la sorcellerie moderne avait des choses utiles à offrir, mais pas à nous.

Les membres de notre petit groupe ont une certaine connaissance de la philosophie, de la psychologie et de la médecine même si nous ne sommes bien sûr que des amateurs et nous nous sommes aussi intéressés à des sujets plus en marge comme les perceptions extrasensorielles, le bâton de sourcier et les fantômes. L’un d’entre nous s’intéresse plus particulièrement aux drogues hallucinogènes et a remarqué l’importance de la référence que vous y avez fait dans un numéro précédent. Il nous a aussi suggéré qu’une des raisons expliquant pourquoi la médecine orthodoxe n’a fait que si peu de progrès dans l’étude des hallucinogènes est que les expériences ont été conduites sur des personnes inadéquates (qui n’étaient pas suffisamment développées sur le plan spirituel). Les visions que nous avons obtenues sans être assistés nous conduisent à penser que nous pouvons parvenir à comprendre l’utilisation que l’on peut faire des champignons.

Le but de cette lettre est de vous demander « A partir de là où allons nous ? » D’après ce que vous avez écrit, nous avons compris que vous avez une sagesse rare, une sagesse que vous avez acquise en grande partie sur un chemin que nous souhaitons parcourir. Mais dans votre réponse à la lettre de M. Crowther vous dites : « nous avons des siècles d’anonymat, et ça nous convient parfaitement et nous espérons que ça continue ainsi ». Nous ne demandons pas à être admis dans un groupe ancien et héréditaire (nous en voyons les inconvénients pour les deux partis) mais nous pensons qu’il doit y avoir pour nous aussi une opportunité « d’aiguiser notre intuition et notre perception par la pratique et la méditation » en étant guidés, après avoir été testés et jugés par des gens comme vous. Nous savons que l’apprentissage et la formation sont longs et difficiles, mais les groupes religieux et de « sorcières » qui acceptent tous les candidats ne nous intéressent pas car on n’y attend aucun travail laborieux. Nous savons aussi qu’il y a beaucoup que nous pouvons faire tout seuls mais il y a tellement plus que nous pouvons faire en étant guidés par une personne expérimentée – ce qui n’est pas la même chose que l’autorité.


Les Anciens et les Modernes

Taliesin

Le compte rendu par Mme Valiente du dîner de Pentagram et l’article de M. Cochrane dans le même numéro forment une lecture fascinante et représente les deux extrêmes de la Sorcellerie – les Anciens et les Modernes, pourrait-on dire. La première décrit une atmosphère gardnerienne de douceur et de lumière couplée à un divertissement très aseptisé, le tout se passant sous le regard bienveillant d’une tantine Universelle. M. Cochrane, d’un autre côté est une sorte de Jaurès de la Sorcellerie, un penseur radical nous invitant à sauter dans la lumière claire d’aujourd'hui - et à partir ensemble à la recherche de nos âmes.

Ces deux points de vue nous montrent, pourtant, qu’il y a une façon correcte de faire si l’on veut que la vieille Sorcellerie héréditaire s’unisse à ses équivalents modernes. J’ai expérimenté les deux versions, la première avec ma mère et ma tante et la seconde (plutôt trop facilement) avec une des nombreuses Grandes Prêtresses gardneriennes - qui, je dois le souligner, ne savait rien à cette époque de mes liens avec la Sorcellerie héréditaire. Cela m’a montré combien la différence était grande et combien il faudra de dur labeur si nous devons les rapprocher.

La vision de M. Cochrane pourtant n’est pas entièrement représentative de la vieille Sorcellerie. Un peu plus d’emphase sur la Déesse suprême et un peu moins de questionnement intérieur que l’on trouve dans une demi-douzaine de cultes du monde occulte, l’auraient rapproché un peu plus des croyances du groupe auquel j’ai l’honneur d’appartenir. Nous pensons que dans la Sorcellerie il ne s’agit pas tellement d’apprendre quelque chose de nouveau, mais plutôt de se souvenir, à nouveau, de quelque chose d’ancien.

Il faut admettre qu’il y a des moyens de faciliter ses souvenirs, des moyens pour retrouver le genre de connaissances de la Déesse et du Moi que nous cherchons. Un de ces moyens que j’ai utilisé est le champignon hallucinogène appelé amanite tue-mouche* et, si un échange de connaissances et d’idées entre les covens peut se faire, il serait très intéressant de voir quelles autres méthodes, anciennes et nouvelles, sont utilisées. J’estime que nous pourrions arriver à quelque chose d’important si le futur de la Sorcellerie est concerné, mais ce sentiment est beaucoup lié à un désir ardent personnel de rassembler des connaissances éparpillées mais je ne sais pas combien il sera possible de retrouver d’élément de la croyance véritable. J’ai, et c’est peut-être surprenant, constaté qu’il est plus facile de discuter de différentes idées avec des membres de covens « anciens » qu’avec les partisans de l’école « moderne ». Ces derniers ne veulent tout simplement pas savoir et se réfugient derrière le dogme. Cela semblerait plutôt donner raison à la théorie de M. Cochrane selon laquelle la Sorcellerie moderne est devenue une « tanière » pour ceux souhaitant se dissimuler du monde.

Je ne suis pas moi-même un grand fan du monde moderne, mais nous devons y vivre, et nous devons faire tout ce que nous pouvons pour l’améliorer et l’empêcher de devenir un déchet radioactif. Ce qui est fait à la nature, à la fois aux plantes et aux animaux, au nom du grand dieu Progrès, le grand gaspillage de l’armement alors que des millions de personnes meurent de faim, voilà le genre de maux qu’il faut combattre aujourd’hui : Est-ce que si le monde d’aujourd’hui est ce qu’il est, est une conséquence naturelle de l’humanité ou bien est-ce la conséquence naturelle de l’abandon de la Déesse de Mère qui a laissé la terre à un Dieu le Père incompétent. La Sorcellerie peut être une force du bien ou plus simplement une autre curiosité occulte du 20ème siècle en Grande-Bretagne. C’est à nous de faire ce choix plutôt effrayant.


  • J’ai une fois demandé au défunt Gerald Gardner ce qu’il savait de ce champignon qui est si profondément ancré dans les mythes de Grande-Bretagne qu’aucun illustrateur de contes de fées pour enfants, même aujourd'hui, n’oublie de le dessiner quelque part. Il a répondu qu’il n’en savait rien et qu’il ne croyait pas qu’il ait jamais été un élément de l’Ancienne Religion. Cela prouve que de tout temps le secret a été bien gardé, car Gardner avait totalement tort. J’ai non seulement vu la recette d’une sorte de thé de ce champignon datant de la fin du XVème siècle, mais je l’ai aussi bu rituellement. La répulsion pour ces soi-disant « champignons vénéneux » nous donne un indice à ce sujet. Plusieurs de ces champignons sont tout à fait comestibles, mais les campagnards ne les toucheront pas. Ceci remonte presque certainement à une époque où un certain nombre de ces champignons étaient tabous en raison de leur caractère sacré, ils étaient mangés uniquement lors d’occasions religieuses et probablement uniquement par les prêtresses ou les prêtres. Robert Graves suggère que la répugnance des Anglais à manger du cheval pourrait venir d’un tel souvenir de race. Les animaux « impurs » de la Bible sont presque certainement la même sorte de chose.


Gardnerien !

Patricia Crowther

En 1964, peu de temps après la mort de Gerald Gardner, « Pentagram » un petit magazine traitant de sorcellerie est apparu. Son fondateur, un attaché de presse londonien se dissimulait derrière le pseudonyme de John Math. Les rares à écrire des textes dans les pages clairsemées de ce magazine adoptaient un nom de plume. Pentagram devait être la voix de la « Witchcraft Research Association » (l’association de recherche sur la sorcellerie) crée par « John Math » pour rassembler les initiés de Gerald Gardner et ceux d’autres traditions sorcières au bénéfice de tous ceux qui étaient concernés.

Dans les faits, les résultats furent totalement à l’opposé du but recherché – si nous pouvons croire son fondateur. Une ou deux sorcières héréditaires ont commencé à donner leur avis dans les colonnes de Pentagram. L’un d’entre eux « Taliesin » s’est mis à attaquer Gerald Gardner d’une façon particulièrement sournoise, s’en prenant aussi à ses partisans qu’il qualifiait de « Gardneriens ». Ce mot était employé pour dire que les initiés de Gerald Gardner et ceux qu’ils ont initiés à leur tour, étaient personae non grata, et que Gerald Gardner n’avait pas reçu de véritable initiation. Le mot Gardnerien a fait souche et par la suite il devint synonyme de « tenants de Gerald Gardner » – ou plus exactement de sorcières descendant directement de lui.

Un de mes initiés avait l’habitude de dire : « Souvenez vous de ces Vieux Infâmes. Gerald prendra le dessus, vous verrez ! » Il avait raison. Pentagram a rapidement disparu sans laisser de traces, comme tout ce qui est bâti sur le sable. Les sorcières héréditaires se sont révélées ne pas en être. L’un d’entre eux avait était initié dans le coven de St. Alban et son ambition était démesurée. La Déesse se débarrasse toujours de gens comme ça ! Tout bien considéré, non seulement Gerald Gardner fut l'outil qui a ramené l’Ancienne Religion dans les esprits mais en plus on se souviendra de son nom avec affection, longtemps après que le nom de ses détracteurs soit entièrement oublié. En Grande Bretagne, en Amérique et ailleurs dans le monde. Gerald Gardner est toujours considéré comme « le messager » de la Grande Déesse, celui qui a ramené la Mère à Ses enfants orphelins.