J’ai rencontré le chef de file des Sorcières Britanniques

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J’ai rencontré le chef de file des Sorcières Britanniques

Stewart Farrar, Reveille du 10 janvier 1970

Traduction Tof


La sorcellerie se développe aujourd’hui en Grande Bretagne. Est-ce un culte du mal ? Ou juste une folie sans conséquence ? Stewart Farrar a enquêté.

J’ai observé un jeune homme de 18 ans, nu, les yeux bandés, être initié dans le coven de la sorcière la plus puissante d’Europe.

Le jeune homme : Indra, fils d’un père Indien et d’une mère moitié Irlandaise et moitié Anglaise, il travaille dans une librairie, il ira l’an prochain à l’Université de Cambridge.

Le Grand Prêtre : Alex Sanders « Roi des Sorcières » est le leader d’au moins la moitié des 6000 sorcières blanches britanniques, un nombre qui croît rapidement. (On les qualifie de sorcières blanches car elles ne pratiquent pas la Magie Noire.)

Le lieu : un entre-sol parfumé à l’encens à Notting Hill Gate à Londres.

Le reste du coven est composé de deux hommes et d’une demoiselle, tous trois ont environ 20 ans. En conformité avec la tradition ils sont nus eux aussi alors qu’Alex porte l’habit violet de la Grande Prêtrise.

Traditionnellement un coven comprend 13 membres, ils ne sont pas tous présents. Il faut qu’il y ait au moins un homme et une femme.

Un homme ne peut être initié que par une femme et une femme par un homme, ainsi Pat une jeune caissière native de Cardiff avec de longs cheveux sombres, tient le rôle de la Grande Prêtresse pendant les 40 minutes qu’a duré la cérémonie.

C’est aussi elle qui a oint Indra avec l’huile, le vin et le triple baiser. C’est également elle qui a mimé sa « flagellation » de trois, sept, neuf et vingt et un coups avec un martinet de soie à broder.

C’est elle qui lui a présenté ses « outils » : l’épée, la dague à manche noir et celle à manche blanc, la baguette, le pentacle (ou disque gravé), l’encensoir, l’escourge et les cordes, rouge, bleue et blanche.

Qu’elle soit jeune et belle n’est pas accidentel car la Règle n°18 du vieux Livre de la Loi des sorcières affirme que « la plus grande vertu d’une Grande Prêtresse est d’admette que la jeunesse est nécessaire à celle qui représente la déesse ».

Une Grande Prêtresse qui se retire aimablement en faveur d’une plus jeune bénéficie de la consolation de la Règle n°21 qui dit que « ainsi elle retrouvera cette position dans une autre vie, avec de plus grands pouvoirs et une plus grande beauté ».

La Grande Prêtresse habituelle du coven d’Alex est son épouse Maxine une splendide blonde. J’imagine qu’elle ne sera pas ennuyée par la Règle n°18 avant de nombreuses années.

Il y a, en Angleterre, deux cultes principaux de sorcellerie blanche – ou « Wicca » (qui signifie « sagesse »), comme les sorcières appellent leur foi. Les deux branches sont assez proches.

Les « Gardneriens » descendent du revival de la sorcellerie inspiré par Gerald Gardner qui est décédé en 1964 âgé de 80 ans.

Les « Alexandriens », comme les appellent les Gardneriens, sont les coven qui furent fondés par les initiés d’Alex ou ceux qui en émanent.

Gardner lui-même n’était initié qu’au premier degré, mais en étudiant d’anciens textes égyptiens et hébreux il a rédigé ses propres rituels.

Ainsi pour les Alexandriens les Gardneriens ne que des débutants, de véritables sorcières mais seulement du premier degré.

De leur côté les Gardneriens trouvent que les Alexandriens sont des gens en mal de publicité qui rendent publiques des choses qui devraient rester secrètes.

Il y a aussi en plus de ces deux groupes une poignée de sorcières héréditaires par qui les secrets ont été transmis.

Alex lui-même (il est maintenant une sorcière du 10è degré) en est une, il a été initié par sa grand-mère lorsqu’il avait sept ans.

A l’exception d’Alex ces sorcières héréditaires restent discrètes. Alex connaît cinq familles et sait où elles sont, mais elles refusent de communiquer avec lui.

Alex répond à ceux qui l’accusent de rechercher la publicité : La sorcellerie a été mal comprise et mal interprétée, il est nécessaire de clarifier les choses en en faisant connaître les fondements sans trahir les « mystères internes »

C’est pour cela que le coven m’a invité, moi un journaliste, pour le rituel d’initiation d’Indra.

Je ne partage pas les croyances de la sorcellerie mais je dois dire que j’ai trouvé la cérémonie sincère et émouvante.

Après le premier sentiment d’étrangeté, voir ces corps jeunes et nus accomplir des rituels antiques semblait naturel et spontané.

Quelles sont les mauvaises interprétations que condamne Alex ?

Elles proviennent toutes de l’époque où la tolérance religieuse était inconcevable et où la foi d’un homme et sa manière de pratiquer un culte étaient dictées par la loi et, s’il le fallait, il y était contraint par tous les moyens y compris jusqu’à le brûler vif.

Pendant des siècles, le christianisme et la sorcellerie ont coexisté. De nombreuses personnes, dont des prêtres, étaient fidèles aux deux cultes. Puis l’Eglise s’est sentie assez forte pour obtenir le pouvoir absolu et en 1484 le Pape Innocent VIII a édicté une bulle condamnant les sorcières pour hérésie.

L’orgie d’intolérance, de tortures et de meurtres qui s’en est suivie est à mettre au crédit de l’Eglise. L’Angleterre ne fut pas en reste – environ un millier de personnes furent exécutées en un siècle et demi. L’Ecosse en a tué bien plus et sur le continent les archives montrent que plus d’un quart de million de personnes sont mortes en trois siècles.

Avec tout cela il y eut un lavage de cerveau. On a traité les sorcières d’adorateurs du diable.

C’était vrai et elles le sont toujours, mais le mot « diable » signifie juste « petit dieu » : un homme ou une femme « symbolisant », lors des rituels, le dieu ou la déesse qui sont bons et non mauvais. Ainsi, la Pat que j’ai vue était un « diable ».

Les cornes de Satan sont un autre exemple de la propagande de l’église médiévale. Elle lui a donné ces cornes pour que dans l’esprit des gens, le Dieu Cornu de la Wicca soit confondu avec le Prince du Mal.

En fait, les cornes sont un très ancien symbole du principe divin masculin.

« Christ est dépeint avec des rayons de lumière autour de sa tête – ce ne sont que des cornes qui se sont métamorphosées en halo » maintient Alex.

Il est incontestable qu’il y a des satanistes qui adorent le mal, mais pour la majorité des sorcières, ils ne sont pas fréquentables, ce sont des marginaux « malades ».

Alex affirme que le dieu et la déesse de la Wicca sont leurs propres personnifications du même mystère central que celui que personnifie le Dieu des chrétiens.

« La vérité universelle se trouve dans des choses totalement compatibles avec le christianisme » me dit il. « Quel que soit l’endroit dans le monde où vous vous trouvez, la force divine est personnifiée différemment.

Dans l’Egypte antique le côté masculin de la force était appelé Osiris, le côté passif ou féminin était appelé Isis. Toute chose doit être masculine et féminine sinon ce n’est pas productif.

Les Egyptiens avaient plus de 1500 dieux – ce n’étaient que différents aspects d’un seul, vous pouviez ainsi explorer tous ces aspects et en faisant cela vous pouviez vous connaître vous-même.

Chez les catholiques c’est la Vierge Marie qui personnifie le côté féminin. Nous adorons notre déesse au Nord du cercle magique et la chapelle consacrée à la vierge est toujours du côté Nord de l’église.

D’une certaine manière on est retombé sur nos pieds. Alex a lui-même initié (en assistant une Grande Prêtresse bien sûr) des prêtres catholiques, anglicans et des pasteurs méthodistes et en a fait des sorcières.

« Ensuite leurs congrégations ont eu tendance à s’accroire » dit-il.

« Ils ont vécu les mystères. En fait, ils distribuent maintenant le Christ vivant plutôt que le Christ crucifié. »